Le blog maçonnique “réuni & rectifié”
de L'Ami de la Rose
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Calendrier templier

Le 13 juillet 703 (ou le 26 juillet 2016 de l'E\V\) par L'Ami de la rose
Nous le savons bien, les Francs-maçons, en vue de se distinguer, ont toujours apprécié au moins deux choses : la recherche du particularisme et la recherche des origines du monde. Cette tendance était notable dans toutes les innovations maçonniques des Frères, même en ce qui concerne la conception de calendriers maçonniques spécifiques.

Le calendrier maçonnique



Au XVIIIe siècle, lorsqu'ils n'utilisaient pas le calendrier de l'« ère vulgaire » (calendrier usuel dans le monde profane) dans leurs documents et correspondances, la plupart des Frères utilisaient le "calendrier maçonnique". Préconisé par le pasteur Anderson dès 1723 dans ses Constitutions, ce calendrier maçonnique cherchait à prendre pour l'an un, l'« Année de la Vraie Lumière », à savoir la date supposée de la création du monde selon la Genèse.

Pour estimer la date de début de l'« Ere de la Vraie Lumière », le prélat anglican James Ussher aurait effectué des calculs, sur la base du texte massorétique, pour finalement estimer la création du monde à 4 004 av. J.-C [1]. Dans les faits, n'hésitant pas à approximer et simplifier le calcul de la date de la Vraie Lumière, le calendrier maçonnique prend le millésime de l'année grégorienne en cours, augmenté de 4 000 années, fixe une longueur égale à celle du calendrier grégorien, mais le débute au 1er mars, comme l'année julienne encore en vigueur à l'époque de la rédaction des Constitutions d'Anderson. Généralement, les mois ne sont désignés que par leur numéro ordinal.

Ainsi, le 29 février 2004 devient « le 29e jour du 12e mois de l'an 6003 de la Vraie Lumière » et le 1er mars 2004 devient « le 1er jour du 1er mois de l'an 6004 de la Vraie Lumière ».

l'année maçonnique comporte deux fêtes : la Saint-Jean d'Été (Jean le Baptiste, fêté le 24 juin) et la Saint-Jean d'Hiver (Jean l'Évangéliste, fêté le 27 décembre), coïncidant symboliquement avec les solstices.

Le calendrier templier



Le système allemand de la Stricte Observance, proposant aux Frères une rectification d'un grand nombre de concepts maçonniques, n'hésitera pas à en profiter pour également rectifier le calendrier maçonnique alors en usage. Il proposera à leurs membres un nouveau comput, pour élaborer un nouveau calendrier que nous appellerons ici « calendrier templier ».

Dans la pratique, pour calculer la date templière, les Frères du XVIIIe siècle retranchaient 1313 années et 11 jours à la date vulgaire, pour passer du passage du calendrier grégorien au calendrier julien (en usage à l'époque de l'Ordre du Temple). Ainsi, le « 9 août 1774 » devient le « 29 juillet 461 » et le « 28 septembre 1781 » devient le « 17 septembre 468 ».

Les Frères de la Stricte Observance ont donc choisi la date du 11 janvier 1313, comme date d'origine de leur calendrier. Cette date renvoie à la bulle du 11 des calendes de janvier 1313 (v. st.) du pape Clément V, qui règle le sort de l'ensemble des Chevaliers de l'Ordre du Temple.


Clément V et Philippe le Bel face aux templiers, Maître de Boucicaut, xve siècle.


Ainsi donc, soulignons-le, contrairement à ce que nous pouvons parfois entendre, ce n'est pas le 18 mars 1314, date de la mort de Jacques de Molay, dernier Grand-Maître de l'Ordre du Temple, qui fut retenue comme point de départ du calendrier. Mais bien la date de cette bulle, qui dit :

« Ne pouvant, à cause des affaires pénibles et multipliées qui nous occupent, donner notre application personnelle au jugement du grand-maître et des autres chefs de l'Ordre, que nous nous étions spécialement réservé, nous vous chargeons d'examiner les procédures faites contre eux, et notamment celles qui ont été faites par les cardinaux de Saint-Nerée et Saint-Achillée, de et Saint-Cyriaque et de Saint-Ange, qui avaient procédé d'après notre mandat spécial. Nous vous donnons le pouvoir de condamner et d'absoudre, et d'infliger une peine proportionnée aux délits des accusés et même de leur faire payer, sur les biens de l'Ordre, ce que vous jugerez convenable, ce pour leur nourriture, leur habillement, et leurs autres besoins. » (Regestrum litterarum Curioe anni noni domini Cémentis papoe V, litt. 1.)


Pour finir avec ce calendrier, rappelons qu'à compter de 1778, "les fêtes à célébrer dans les loges réunies et rectifiées, sont les deux St. Jean d'été et d'hiver, et la fête du renouvellement de l'Ordre du six novembre" [2]. Ce 6 novembre de l'ère vulgaire (24 octobre du calendrier templier), renvoie au 6 novembre 1778, qui aurait dû être la date d'ouverture du Convent des Gaules organisé à Lyon [3]. Entre parenthèses (car c'est souvent oublié), rappelons qu'une édition annotée de ce Code (anotations de J.B. Willermoz a priori) raye cette fête, sans doute suite à la fin de la filiation templière actée pour l'ensemble de l'Ordre à Wilhelmsbad...

Usage du calendrier templier à Lyon (1774-1782)



En France, dès ses débuts, le Chapitre Préfectural de la Province d'Auvergne, séant à Lyon, utilisera le double calendrier : vulgaire et templier. Ainsi, la première assemblée de ce Chapitre est indiquée dans ses protocoles comme ayant été tenue le « 10 juillet 461 » ou « 21 juillet 1774 » [4] (le système calendaire templier est indiqué en premier). Ainsi, les deux dates sont utilisées simultanément, tout en abandonnant, sans doute volontairement, le calendrier maçonnique.



Cette double datation se poursuit, y compris dans les en-têtes de chaque page. Le calcul n'étant pas des plus aisés, nous remarquons dans plusieurs protocoles, entre 1774 et 1782, quelques hésitations ou ratures graphiques.

Avant le convent de Wilhelmsbad, ce système calendaire est toujours en usage au sein du Chapitre préfectural de la Province d'Auvergne. Mais nous remarquons, dans les protocoles, une certaine lassitude à calculer la date templière. Par exemples, à partir de 1781, les entêtes de pages des protocoles ne mentionnent plus toujours la double datation (la date templière est omise), et plusieurs dates en début de protocole ne sont plus que partiellement traduites. Les dates des assemblées du « 10 juin 1781 » et du « 3 mars 1782 » sont par exemple respectivement traduites par « juin 467 » et « février 469 »[5].

La BML ne conservant pas de protocoles du même Chapitre préfectural après le convent de Wilhelmsbad, il ne nous est pas possible de savoir si le système de la double datation a été continuée ou non.

Le calcul d'une date "templière"



Outre la soustraction de 1313 années évoquée ci-dessus pour passer au calendrier templier, il faut également soustraire :
- entre mars 1700 et février 1800 : 11 jours
- entre mars 1800 et février 1900 : 12 jours
- entre mars 1900 et février 2000 : 13 jours
- entre mars 2000 et février 2100 : 13 jours
Ce nombre de jours renvoie au passage du calendrier grégorien au calendrier julien [6].

Ainsi, de nos jours, le "26 juillet 2016" équivaut au "13 juillet 703".

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Références :
[1] Calendrier maçonnique (Wikipédia, 26 juillet 2016)
[2] Code maçonnique des loges réunies et rectifiées de France Chapitre XV. Des banquets et Fêtes, p.65.
[3] Alexandre Douenias, Jean Marzelle. La fête du renouvellement de l'Ordre. Les cahiers verts. Symbolisme, Rite Ecossais Rectifié. p.32.
[4] Bibliothèque municipale de Lyon. Ms 5480, feuillet 1.
[5] Bibliothèque municipale de Lyon. Ms 5481, feuillet 179, 184 et 185.
[6] Passage du calendrier julien au calendrier grégorien (Wikipédia, 26 juillet 2016)

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