Le blog maçonnique “réuni & rectifié”
de L'Ami de la Rose
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Processions publiques de francs-maçons

Le 23 mai 704 (ou le 5 juin 2017 de l'E\V\) par L'Ami de la rose
Note/errata : Ce billet ne concerne pas la Franc-Maçonnerie rectifiée.



J'aime à démystifier les propos convaincus de certains Frères... La dernière affirmation en date : "Je ne suis vraiment pas sûr que nos ancêtres continentaux (toutes tendances confondues) aient défilé de cette manière qui tient plus aux traditions Anglaises qu'aux coutumes de la vieille europe."

Cette affirmation, fausse, fait suite à une publication récente de la page facebook de la Grande Loge Nationale Française, montrant une procession publique de francs-maçons de Guernesey, première parade depuis le bicentenaire de la Grande Loge Unie d'Angleterre en 1917.

Certains Frères qualifient même cette procession de francs-maçons de : "ridicule". Mais, ces processions sont pourtant, et ils semblent l'ignorer, une caractéristique majeure de la Franc-Maçonnerie.

Car, à l'instar de toutes les confréries urbaines, les Loges maçonniques défilaient parfois à l'occasion des grands événements, comme la fête patronale (à la St Jean), aux fêtes de la ville, aux naissances des rois, ... Et ce, tant en Angleterre que sur le continent.

Une belle estampe mi-satirique, mi-réaliste, d'Antoine Benoît (dessinateur et graveur, 1721-1770), montre d'ailleurs une procession maçonnique à Londres en 1742 :



Ainsi, les Francs-Maçons, dès 1742, divulguaient ouvertement leurs symboles au public. Car, comme nous le voyons sur cette estampe, les emblèmes maçonniques sont clairement exposés : les deux colonnes, le Soleil et la Lune, la poignée de main, le tableau de la loge, la tombe d’Hiram, l’étoile flamboyante avec la lettre « G ». Ce qui permet d'ailleurs de montrer que le système symbolique mis en œuvre par la franc-maçonnerie moderne à partir de 1720 est alors déjà bien établi.

Le but social de telles processions était clair : être "en corps", "faire corps", être "un corps", beau, clinquant, unis, avec de beaux habits, de beaux décors, pour montrer au public une certaine supériorité sociale. L’Angleterre, l’Écosse puis les États-Unis ont conservé jusqu’à nos jours cet usage de la procession maçonnique qui manifeste l’intégration des loges dans la vie sociale.

Mais qu'en était-il sur le continent ? De telles processions ont-elles existé ? La réponse est affirmative. Et cela était assez évident, car sur le continent comme outre-manche, les sociabilités urbaines étaient similaires d'un point de vue statutaire.

En guise d'exemple (mais il y en a d'autres), signalons ci-après un exemple berlinois, fort intéressant. Il s'agit de la description de la procession maçonnique qui avait lieu, à l'occasion de la fête de la St Jean de 1748 à Berlin :

La veille de la Fête tous les Frères s'assemblent pour régler l'ordre de la Marche, & l'on invite les Seigneurs & les Dames à prêter leurs Carosses pour la Cérémonie du lendemain, où chacun se fait un plaisir de contribuer de quelque chose, afin de lui donner plus d'éclat. Le jour de S. Jean dès le matin on se met en Marche dans l'ordre suivant. Le Frère Architecte est à la tête à cheval, un glaive flamboyant à la main, avec un bonnet à la Housarde. Il est suivi de quatre Cavaliers & de quatre Trompettes bien montés. Six Frères Servans accompagnent le Carosse du Vénérable, qui est attelé de six chevaux, & dans lequel est le Frère Orateur. Les autres Officiers suivent deux à deux dans des Carosses attelés comme le précédent. Ensuite marchent les Frères Visiteurs aussi deux à deux dans des Carosses. Ils sont suivis par les Musiciens qui sont six à six dans des Chars, où ils jouent la marche des Maçons. Les Timbales & les Trompettes donnent alternativement des fanfares jusqu'au Palais Kam... Après cela marchent tous les Frères de la Loge deux à deux dans des Carosses, puis les deux Surveillants revêtus des marques de leur dignité, viennent à la queue dans un pareil équipage. La Marche est fermée par deux Sous-Architextes, qui sont à cheval, l'épée nue à la main. Ceux qui ont des Domestiques reçus Frères servants, les font marcher à la portière de leur Carosse. Lorsqu'on est arrivé au Palais où se fait la Fête, on passe entre une double haie formée dpar deux Compagnies d'Infanterie, qui sont sous les Armes pour écarter la populace ; & quand le Vénérable met pied à terre, les Trompettes donnent encore des fanfares, & l'on entend aussitôt une décharge de 9 pièces de canon.

Tous les Frères entrés & placés, le Vénérable ouvre la Loge, & les Frères servants se tiennent aux environs pour empêcher que les Soldats qui gardent les dehors, ne laissent entrer quelques Profanes, ou n'entrent eux-mêmes, ce qui leur est expressément défendu. [...]
[1]


Ainsi donc, les processions publiques de Francs-Maçons avaient une grande importance sociétale. Comme beaucoup de choses au XVIIIe siècle, elles étaient anticipées, réglées, pour que tout l'apparat puisse opérer et faire son charme sur les hautes couches de la noblesse et de la notabilité bourgeoise...

Mais, et insistons, ces processions n'avaient rien de politique... Ainsi, celles que l'on peut par exemple voir au Père Lachaise chaque année au 1er mai, n'est clairement pas assimilable. La distinction, entre procession et commémoration, est de taille.

Référence bibliographique :
[1] L'Ecole des Francs-Maçons. Couret de Villeneuve - Recueil de poësies maçonnes. A Jerusalem, 1748. p.92-94

Crédits iconographiques :
[1] Page facebook de la Grande Loge Nationale Française
[2] La Procession de francs-maçons à Londres. Antoine Benoît, 1742. Paris, musée de la Franc-maçonnerie, coll. SC-GCDREAA-GODF, Num. Inv. D1.168

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